Blog officiel de Bernard de La Villardière

13 décembre 2011

Guantanamo, les portes de l’enfer

En partenariat avec Le Figaro Magazine, à l’occasion de la 200e du magazine Enquête Exclusive, sur M6, Bernard de La Villardière a pu se rendre à Guantanamo, le camp de détention le plus sécurisé au monde. Un reportage exclusif dans un univers de non-droit.

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Avec son pub anglais, son golf, ses jardins égayant des cottages aux façades austères, Guantanamo en ce petit matin d’octobre a des airs de Jersey, l’île anglo-normande. Nous sommes arrivés la veille munis de nos laissez-passer, badges autour du cou, surveillés de près par trois officiers de presse en treillis beige. Ils ne nous quittent pas un instant depuis que nous avons posé le pied sur l’enclave américaine à l’extrême sud-est de l’île de Cuba. Les conditions qui nous ont été imposées pour ce tournage sont très strictes : nous devons respecter la volonté de nos interlocuteurs de témoigner sans montrer leurs visages. Il nous est impossible d’interroger des détenus ni même de les croiser.

Guantanamo a la même superficie que Jersey, 118 kilomètres carrés. Mais le comité d’accueil n’a pas la même allure. Après deux heures et demie de vol en provenance de Miami, il a fallu traîner nos bagages et le matériel de tournage jusqu’au bout du tarmac avant de passer à travers un espace grillagé grand comme un terrain de basket. Les maîtres-chiens de la police militaire font office de machine à rayons X. La belle lumière du soleil couchant donne une touche surréaliste à la scène. Serait-il possible de passer des vacances à Guantanamo ? C’est sous escorte que nous montons dans un bus scolaire désaffecté avant de traverser la baie sur une barque qui doit dater de la guerre du Viêt Nam. Ma voisine d’un âge certain, m’explique qu’elle quitte régulièrement sa maison du Michigan pour venir ici se reposer avec son mari retraité, car elle s’y sent plus en sécurité qu’aux Etats-Unis.

Guantanamo est la plus vieille base américaine hors des Etats-Unis. Et la seule située dans un pays n’ayant pas de relations diplomatiques avec eux. L’accord initial prévoyait le versement d’un loyer de 4 000 dollars par an au gouvernement cubain. Mais depuis l’arrivée de Fidel Castro  au pouvoir en 1959, le fameux chèque n’est plus encaissé et Cuba réclame vainement la restitution du territoire.

La Guantanamo Bay Naval Base serait sans doute restée dans les oubliettes des traités d’histoire et de géographie si l’administration Bush n’avait pas eu la curieuse idée d’y construire un camp de détention devenu tristement célèbre. Premier coupable : le camp X Ray.

C’est là qu’ont été détenus pendant quatre mois les djihadistes présumés arrêtés sur le territoire afghan fin 2001. Mais l’acte de naissance du camp de détention date du 28 décembre 2001. Ce jour-là, George Bush autorise par décret la détention sans limite et sans chef d’accusation de tous les « combattants illégaux » arrêtés ailleurs que sur le sol américain.

Un an plus tard, Guantanamo compte six cents détenus. Ouvert début janvier 2002, le camp X Ray a été fermé quatre mois plus tard. Mais le mal était fait. Au-delà du scandaleux traitement réservé aux prisonniers, l’opération est un désastre pour l’image des Etats-Unis. Encore choquée par la tragédie du 11 septembre, l’Amérique se met à dos une grande partie de la communauté internationale. Excès de naïveté ou de cynisme, c’est l’armée américaine elle-même qui diffuse les premières images de ces détenus en pyjamas orange entravés et enfermés dans des cages en plein air, comme des lapins dans un clapier. Les prisonniers sont équipés de lunettes à verres opaques et de casques assourdissants pour achever de les couper du monde. Ils mangent de la bouillie et dorment sur une simple natte à même le sol. Guantanamo devient « le goulag des temps modernes », où même des mineurs seront enfermés.

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C’est sans doute pour effacer cette image que les médias du monde entier sont aujourd’hui les bienvenus à Guantanamo. Prudents, nos officiers de presse s’expriment peu sur le fond du dossier. Ils veillent à ce que nous suivions à la lettre les restrictions de tournage. « Vous ne pouvez pas faire de travelling sur les barbelés », « il est interdit d’interviewer des civils ». Ils sont trois, s’expriment peu et se font appeler par un nom de code : MC1, MC2, MC3. MC pour Military Communication. C’est par un demi-sourire résigné qu’ils acceptent de nous emmener jusqu’au camp X Ray. On peut juste le filmer de la route qui surplombe le site. On pourrait y tourner un « remake » du Pont de la rivière Kwaï. Le camp est gagné par les lianes et les herbes folles. A deux pas des miradors et des kilomètres de barbelés, autrefois, électrifiés, une zone pavillonnaire est sortie de terre.

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Le camp X Ray a été remplacé par le camp Delta. Cent soixante et onze détenus y sont enfermés aujourd’hui encore. Parmi eux, 93 Yéménites et une vingtaine d’Afghans. Nous commençons notre visite par l’hôpital pénitentiaire. Le médecin-chef veut bien nous dire quelques mots, mais pas question d’apparaître à l’image, ni de donner son nom. Il craint des représailles contre sa famille aux Etats-Unis. Il y a eu plusieurs suicides à Guantanamo et ce que l’on redoute le plus ici, ce sont les grèves de la faim. Il y en a eu des centaines depuis début 2002. Et du point de vue de l’administration du camp, les mettre en échec fait aussi partie de la guerre contre le terrorisme. Le colonel me montre la sonde que le personnel médical introduit dans le nez du détenu, de gré ou de force. « On fait cela, le plus gentiment possible assure-t-il. Nous utilisons des produits standards, les mêmes que ceux employés dans les hôpitaux américains pour lutter contre la malnutrition ». La sonde est introduite par le nez et enfoncée jusqu’à l’estomac. « Vous pouvez survivre plusieurs mois avec cela », explique le médecin-militaire sur un ton qui se veut rassurant. Pour lui, si certains grévistes de la faim sont animés d’intentions politiques, les autres veulent « simplement changer quelque chose dans leurs conditions de détention ». Difficile d’en savoir plus. Si les inspecteurs de la Croix-Rouge Internationale viennent ici tous les trois mois, leurs rapports restent confidentiels.

Au camp Delta, la numérotation des prisons est indexée sur la condition carcérale. On nous a dit d’emblée que nous ne pourrions pas nous rendre au camp 7, le successeur du camp X Ray. C’est là que seraient détenus une quinzaine de prisonniers considérés à la fois comme « très dangereux » et de « grande valeur » Parmi eux, Khalid Sheikh Mohamed, censé être l’un des cerveaux du 11 septembre. Son procès devrait se tenir l’an prochain aux Etats-Unis. Le camp 7, accessible aux seuls agents de la CIA et à la Croix-Rouge Internationale, est situé dans un lieu  tenu secret. Dans ce territoire confetti, il doit être facilement repérable. Mais pas possible de fausser compagnie à nos gardes qui ne nous lâchent pas d’une semelle.

Nous sommes dirigés vers le camp 5, soumis lui aussi à des conditions strictes de sécurité. Nous pénétrons dans une forteresse en béton dans laquelle la lumière entre à peine. Succession de couloir et portes blindées avant d’accéder à ce que l’on nous a présenté comme « le clou du spectacle » : apercevoir les détenus à travers une glace sans tain. Nous les voyons mais ils ne peuvent pas nous voir. Sentiment de gêne entre nous, mais qui échappe totalement à nos interlocuteurs, à commencer par le directeur du camp 5. Ces détenus ne sont pas les « insoumis » du camp 7. Ils sont « compliants », c'est-à-dire « dociles ». Ils ont pourtant des chaînes aux pieds. Un garde armé les surveille posté derrière une grille qui le sépare du bloc de cellules sur deux étages. Avec gourmandise, le directeur du camp 5 - qui veut lui aussi garder l’anonymat - nous détaille tout ce à quoi les détenus ont droit : « cours de langue arabe, d’anglais, d’informatique… ils jouent beaucoup avec les consoles de jeux. Mais ils ont les jeux basiques, pas de jeux violents »…

Une fois par semaine, les détenus du camp 5 peuvent communiquer avec leur famille par téléphone ou par Skype.

Poursuite du programme au pas de charge par la visite d’une cellule témoin. Tout est fixé au mur, à commencer par le bloc WC, afin d’éviter que les détenus ne s’en servent comme projectile. Du coup, certains d’entre eux bombardent les gardiens de leurs « fluides corporels ». On a compté des centaines d’agressions de ce type au cours des premières années du camp. Urine, matière fécale, sperme ou vomi : tout est bon pour manifester sa colère. Pour faire échec à cette forme de guérilla, l’administration du camp a mis au point « la splash box ». Un officier n’est pas peu fier de nous en faire la démonstration : grâce à cette boîte coulissante on peut passer au détenu repas et boissons sans qu'il y’ait de contact possible.

Toujours sous bonne escorte, nous ressortons du camp Delta. Derrière les rangées de barbelés qui marquent les limites de cet univers concentrationnaire, des collines couvertes d’herbe grasse et des blocs de rochers que l’on rêve d’escalader en toute liberté. Et la mer que l’on aperçoit à tout moment mais que l’on ne peut pas filmer « car cela donnerait des indications aux insurgés », nous assure un officier. « Craignez-vous une attaque par un ennemi quelconque ? »  Il réfléchit, cherchant la question piège. Puis, impassible : « Non, pas du tout. Ce que je crains le plus ici, c’est un tsunami ou un tremblement de terre comme en Haïti ».

 

Le pire ennemi, dans le fond, à Guantanamo, à part les caprices de la Terre, ce sont ces journalistes avec leur esprit mal tourné. Si jusque-là nos gardes sont restés suspicieux mais débonnaires, changement d’atmosphère lors de l’entretien avec le commandant du camp de détention, le colonel Dennis Thomas. Il est membre de la police militaire depuis vingt-deux ans. Il a été inspecteur des centres de détention en Irak  et en Afghanistan de 2006 à 2008. Je lui parle du scandale d’Abou Ghraïb et l’interroge sur la manière dont on pourrait l’éviter à Guantanamo. « Ma génération veut que plus jamais un Abou Ghraïb ne se reproduise… nous en avons tiré des enseignements… nous défendons la dignité et le respect des détenus auprès des gardiens ». Le colonel nous affirme que des sanctions disciplinaires sont prises contre ceux qui commettent des sévices. Parmi les anciens pensionnaires de Guantanamo, quelques Français qui, de retour chez eux, ont déposé plainte pour « torture et séquestration ». Des affaires encore à l’instruction devant le tribunal de Paris.

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L’interview se poursuit : « J’ai vu des détenus avec des chaînes aux pieds, pourquoi ? » Réponse du colonel, le visage crispé : « Ils sont en totale liberté dans leurs blocs. Mais lorsqu’on les escorte à l’extérieur, vers l’infirmerie, en salle de cours, ou pour un rendez-vous avec leur avocat, nous devons maintenir un niveau de sécurité. » Une déclaration qui ne correspond pas à ce que nous avons pu constater un peu plus tôt lors de la visite du camp 5 : des détenus les pieds entravés à l’intérieur même de leur bloc, enchaînés au sol alors qu’ils étudiaient, installés à une table.

Près de onze ans après sa création, le camp de Guantanamo reste une zone de non-droit dont l’ONU a vainement réclamé la fermeture à plusieurs reprises. Barack Obama avait promis de le faire. Il y a peu de chances que le dossier soit réglé d’ici la fin de son mandant, car le président américain a face à lui un Congrès à majorité républicaine pas du tout disposé à l’aider dans son projet. La plupart des 171 détenus de Guantanamo sont arrivés sur place avant 2003. A ce jour, la grande majorité n’a pas été jugée. Plus de 3000 personnes veillent sur eux jour et nuit. Ce qui en fait sans doute la prison la plus chère du monde. En quittant ce monde un peu schizophrène créé par George W. Bush après le 11 septembre, on ne peut s’empêcher de penser à ce que disait Barack Obama, il y a un an à peine : « Guantanamo est peut-être le meilleur argument de recrutement utilisé par les organisations djihadistes. »

 

 

Texte : Bernard de La Villardière

Photos : Georges Mérillon


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04 novembre 2011

Avant le 200ème numéro d'Enquête Exclusive, retour sur six ans de découvertes

Avant le 200ème numéro d'Enquête Exclusive le 20 novembre prochain, je suis revenu pour M6 sur mes souvenirs les plus marquants de ces six dernières années. 

 

http://www.m6bonus.fr/videos-emissions-4/videos-enquete_exclusive-2460/interview_de_bernard_de_villardiere/video-souvenirs_de_tournage-93452.html

 

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27 mai 2011

Ma conception du journalisme

Une interview réalisée par mes confrères de Reporters connexion en janvier 2011.

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24 mai 2011

Une légère gueule de bois ...

21 mai 1981 : l’investiture de François Mitterrand et l’arrivée de la gauche au pouvoir. Chacun y va de ses souvenirs. A mon tour. J’avais 23 ans et mon écrivain fétiche était Soljenitsyne.

Je me souviens des quatre ministres communistes entrant au gouvernement alors que les chars russes laminaient l’Afghanistan. Je me souviens des manifestants, le soir du 10 mai à la Bastille, huant le nom de Jean-Pierre Elkabbach. Je me souviens du socialiste André Laignel hurlant à la nouvelle opposition : « Vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaire ». Je me souviens du fringant ministre de la Culture, Jacques Lang, lançant avec emphase que nous étions passés « de l’ombre à la lumière ».  Et de Paul Quilès, quelque temps plus tard déclarant qu’il ne fallait pas se contenter de dire qu’on allait couper des têtes, mais de dire lesquelles.

Je me souviens des 110 propositions du candidat Mitterrand dont plusieurs sont restées lettre morte : suppression du service militaire, indépendance des DOM-TOM, arrêt des essais nucléaires. Je me souviens de l’impôt sur la fortune qui épargnera les œuvres d’art pour ne pas désespérer les parents et amis, antiquaires ou collectionneurs, à commencer par la famille de Laurent Fabius.

Je me souviens des Mirages que l’Elysée a fait désarmer au salon du Bourget en juin 81 pour marquer le début d’une nouvelle ère, pacifiste et tiers-mondiste. Je me souviens aussi des contrats d’armes et des pots de vins qui ont continué comme avant. Je me souviens de l’affaire Falcone et du scandale Carrefour du Développement.

Je me souviens de la cérémonie religieuse au Panthéon, où le lyrisme le disputait au ridicule avec un Mitterrand emprunté sous le regard enfiévré d’apôtres conquis et soumis à celui qu’ils finiront par appeler Dieu. Je me souviens des Toubon, d’Aubert et Madelin exclus de l’Assemblée Nationale pour avoir osé rappeler le passé vichyste du chef de l’Etat. Je me souviens du carnet de change qui – pour préserver le Franc – empêchait tout citoyen français de quitter son pays avec plus de quelques centaines de francsen poche !

Je me souviens du Ministère du Temps Libre, de l’explosion du chômage et de l’apparition des « nouveaux pauvres ». 

Je me souviens de la déception d’Olivier Todd, journaliste de gauche, écrivant « Une légère gueule de bois ». Ils sont plusieurs à l’avoir connue à l’époque.  D’autres, comme moi, ont pensé qu’après cette épreuve du feu – celle du pouvoir -, les socialistes deviendraient raisonnables. Qu’ils cesseraient de penser qu’ils incarnent le bien contre les forces du mal. Qu’un homme de droite est forcément un salaud. Or, s’ils se sont ralliés aux lois du marché et au capitalisme, les socialistes continuent trop souvent de pratiquer l’excommunication et l’injure. Il faut les voir hurler au racisme ou au fascisme à propos de tout et de rien. Il faut les voir ces jours-ci, en appeler à grands cris à la présomption d’innocence pour le camarade DSK alors qu’ils l’ont foulé aux pieds pour Eric Woerth. Il faut les voir serrer les rangs contre le témoignage d’une modeste femme de chambre pour sauver la tête du grand argentier de la mondialisation.

L’histoire est un éternel recommencement dit-on. Ce n’est pas l’histoire qui bafouille, ce sont les hommes qui restent toujours les mêmes. Désespérément les mêmes.

 

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14 avril 2011

Conflits d’intérêts et soupçons sélectifs

 

J’ai eu récemment le privilège d’être la cible de Télérama qui a découvert sur le site de Ligne de Front que nous produisions des films et des formats courts pour le secteur public et privé. Une activité qui représente 20% de notre chiffre d’affaires et qui permet tout juste à Ligne de Front de garder financièrement la tête hors de l’eau. Parmi ces clients, le Ministère de la Défense qui serait « une rente en or » pour ma société. C’est faux car cela représente moins de 3% du chiffre d’affaires pour des marges très réduites sur des budgets qui ne dépassent jamais quelques dizaines de milliers d’euros.

Cette collaboration occasionnelle avec la Défense n’est pas récente.  Mais les insinuations de partialité – il n’y a pas d’accusations formelles dans l’article – surviennent après la diffusion d’un reportage dans Enquête Exclusive sur le bataillon hélicoptère des forces françaises à Kaboul. Un reportage dans la guerre aux côtés des pilotes français menant des opérations de secours médical, d’évacuation de troupes sous le feu de l’ennemi ou de largage de tracts sur les populations civiles.

Ce film était un film dur, émouvant, au plus prés de la réalité de la guerre et de ce que vivent ceux qui la font. Lors du tournage, l’adjudant-chef Thibault Miloche a trouvé la mort au cours d’un assaut des talibans contre une position tenue par l’armée française. Sa famille a accepté que nous diffusions les images tournées au moment où se déroulait ce drame. Ingrid Sion Lhuillier, critique de Télé Obs a écrit à propos de ce documentaire que « l’absurdité » - de cette guerre – « à la vue de ces images, éclate comme une évidence ». Le fin limier de Télérama – que j’ai eu moins de trois minutes au téléphone et qui a été sur le site de Ligne de Front – estime qu’il s’agit – « parfois » (sic)  - « d’un clip promotionnel ». Ainsi, Ligne de Front et les auteurs du reportage – qui ont au passage risqué leur vie – auraient fait un film de pub et utilisé pour cela la vraie mort d’un soldat.

Mais pour Télérama,  il y a plus grave : le réalisateur Géraud Burin des Roziers a été chasseur alpin dans une vie professionnelle antérieure et son preneur de son, Philippe Casanova, a fréquenté une dangereuse officine de propagande : l’Etablissement Cinématographique des Armées. Pire encore, le coréalisateur Thomas Goisque avait son frère – colonel - sur le théâtre d’opération ! Télérama – dans sa grande phobie de la chose militaire - fait du délit de faciès à sa manière. Un type qui a porté l’uniforme le porte toute sa vie dans la tête et reste un dangereux agent d’influence.

Tout ce qui est excessif est dérisoire. Reste à savoir pourquoi Ligne de Front est tout d‘un coup sur la sellette, cité en exemple de « conflit d’intérêt ». Depuis plus de vingt ans, le groupe audiovisuel Capa fait du film institutionnel tout en faisant des reportages pour les magazines d’information des grandes chaines dont M6. Eléphant et Cie, Tac, et bien d’autres sociétés de production travaillent aussi pour des entreprises. Elles ont pour cela créé des filiales, mais l’actionnaire reste le même.  Ligne de Front n’a fait ni mieux, ni pire que les autres. Et ne peux pas encore créer de filiale car elle manque de fond propre.

Concernant les liens avec l’armée : France 2 a diffusé récemment un film « La guerre en face » - beau film d’ailleurs – coproduit par l’Etablissement Cinématographique des Armées ! Vous savez cette terrible institution dont Ligne de Front embauche les agents dormants !

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11 avril 2011

Le mythe de la guerre propre

La guerre contre la Libye survient vingt ans après l’invasion de l’Irak par les forces de la coalition internationale contre l’Irak. A l’époque, j’avais couvert cette première guerre du Golfe pour RTL. Encore plein d’illusions, je pensais que cette guerre était juste et devait sonner le glas d’un régime tyrannique et de tous ceux de son espèce. Les grandes démocraties se faisaient gendarmes du monde. En 1991, Georges Bush père a refusé – après avoir libéré le Koweït, de pousser son avantage jusqu’à Bagdad et de renverser Saddam Hussein. Washington et les autres grandes puissances préféraient un Irak asservi mais uni à un Irak divisé en trois morceaux : un pays chiite, un autre sunnite, un autre encore kurde.

Saddam Hussein n’aura eu qu’un sursis d’une douzaine d’année. Saura-t-on un jour les raisons qui ont conduit Georges Bush fils et l’administration américaine à mener cette guerre ? Le pétrole et les intérêts texans ? La sécurité d’Israël ? Un peu des deux plus une formidable auto intoxication collective ?

Cette guerre a été une erreur. Mais il faudra sans doute bien des années encore pour en dresser un véritable bilan. Il faut espérer en tous cas que ces centaines de milliers de vies sacrifiées n’auront pas été inutiles et que l’Irak trouvera le chemin de la paix civile et du développement économique.

Mais qu’adviendra-t-il de la Libye ? Les bombardements actuels ont pour objectifs non avoués de faciliter la victoire des forces anti Kadhafi en mauvaise posture depuis quelques jours. Mais parviendront-elles à renverser le régime ? Les insurgés sont-ils capables de gouverner le pays ?

S’il y avait de très bonnes raisons d’intervenir sur le plan moral,  il n’est pas certain pas qu’elles résistent très longtemps aux terribles réalités de la guerre. Il n’y a pas de guerre propre, il n’y a pas de charges chirurgicales sans victimes civiles innocentes, il n’y a pas de conflit armé qui ne dégrade durablement les hommes.

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14 février 2011

Et pourtant il tourne... le monde !

 

Depuis début octobre 2010, j’enchaîne les reportages à travers le monde à un rythme particulièrement effréné. Je ne m’en plains pas car j’aime les contrastes et les rencontres inattendues. A Tokyo, j’ai conversé avec un robot avant de me heurter au mutisme des SD F plus honteux que révoltés. A Manille, j’ai rencontré les enfants des rues à la merci de la violence des adultes avant d’aller assister à des combats de coqs. J’ai fait un stop à Séoul, pour aller narguer à la frontière avec la Corée du Nord, les kapos du dernier Jurassic Park du communisme. Sur les pistes en latérite des hauts plateaux kényans, j’ai cru percer le mystère de la foulée qui produit les meilleurs marathoniens du monde. A Kribi, au sud du Cameroun, j’ai rencontré les pécheurs excédés par les pillages sous-marins perpétrés par les chalutiers chinois. En novembre, à Ciudad Juarez, cette ville mexicaine devenue la plus dangereuse du monde, j’ai suivi timidement sur les scènes de crime une jeune et courageuse photographe de 27 ans dont un confrère venait d’être assassiné. A Churchill, dans le grand Nord canadien, j’ai libéré un ours retenu en prison pendant plus d‘un mois sans manger. Drogué et placé dans un filet, il a été emporté loin sur la banquise, suspendu à un hélicoptère. Après les -30 degrés de la Baie d’Hudson je suis passé d’une traite aux + 30 degrés du chaudron de Buenos-Aires et son prestigieux tournoi de polo.

Mes enfants –que j’aperçois entre deux avions– me regardent avec un sourire inquiet. Va-t-il tenir le coup ? Est-ce bien raisonnable à son âge ? Que cherche-il encore à prouver et à se prouver ?

Il se trouve que j’ai emporté dans mes bagages « Les poneys sauvages » de Michel Déon que je relis pour la cinquième fois. Une histoire croisée d’amour et d’amitiés qui dit les combats mais aussi le désarroi d’une génération après la deuxième Guerre Mondiale. Une histoire d’avant

Internet dans laquelle les amis s’écrivent pour se dire des choses essentielles sur les choses de la vie. Et l’un d’eux rabroue ainsi son vieux copain journaliste qui a la bougeotte : « Qu’avez-vous besoin de vous promener partout dans le monde pour vous assurer de ce que vous savez déjà depuis toujours : que les hommes sont bêtes et méchants, et que c’est pour cela que Dieu n’a pas voulu qu’ils fussent immortels ». Pas sûr que ce soit l’opinion de l’écrivain lui-même, toujours bon pied bon œil à 90 ans. Et grand voyageur entre l’Irlande et la Grèce, ses deux amours. A 15 ans, je m’imaginais à 40 ans, retiré dans une tour d’Ivoire, le corps et l’âme couverts de cicatrices après avoir trempé ma plume dans les plaies du monde. A 52 ans, j’ai parfois la tentation de vivre de souvenirs et de romans qui ne retiendraient que le sel de l’existence. Mais il me reste encore tant de choses à voir, d’êtres exceptionnels à rencontrer, pour vérifier que le monde ne tient que par le courage et le dévouement de quelques uns !

 

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05 juillet 2010

Journalistes ou média – men ?

Devant des étudiants en journalisme, Pierre Nora suppliait : « soyez et restez journalistes, ne devenez pas des média - men ! » C’était il y a quelques années, alors que la « peoplisation » de l’information faisait ses premiers ravages. Depuis, l’obsession de l’audience a perfectionné ses outils. Aujourd’hui, le Léviathan médiatique lèche, lâche et lynche ses proies. Ce sont les principes du recyclage appliqués au traitement – non pas des déchets – mais de l’actualité. Celle-ci ne fonctionne plus que sur un seul thème éternellement rabâché sur tous les supports.

Dans ce feuilleton permanent, les hommes ou les femmes publics portés vers les paradis artificiels de la renommée doivent se méfier de la descente. Elle peut être aussi brutale que pour un toxicomane. Après le grand flash de la starisation, l’enfer du lynchage.

Les média - men auraient-ils pris l’avantage sur les journalistes attachés à l’exactitude et la hiérarchie de l’information ?

On peut déplorer en tous cas la place accordée récemment aux déboires de l’équipe de France ou à l’affaire Bettencourt. Des symboles nous dit-on. Mais de quoi exactement ? D’une soudaine obsession de pureté ou d’une « société - malade – de son propre spectacle » ? Et pendant ce temps, la guerre des bandes s’étend dans les quartiers, l’école fabrique de l’analphabétisme, l’hôpital est menacé de tiers-mondisation et des soldats français tombent en Afghanistan.

De vrais polémiques en faux scandales, l’information se comporte comme « un missile qui n’atteint jamais sa cible » ( Jean Baudrillard).

Bernard de La Villardière

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