Il y a des mots frappés de désuétude que l'on aimerait remettre au goût du jour. L'élégance fait partie de ceux-là. Elégance dans l'attitude bien-sûr. Et pas seulement dans la manière d'assumer une défaite au golf ou au tennis.

J'ai récemment visité les camps de réfugiés du Darfour et un hôpital militaire américain soignant des blessés de la guerre d’Irak. Il y a un étonnant contraste entre leurs souffrances - et parfois leur déchéance physique -, et l'éclat de leur regard. Ils se racontent avec humilité. Mais on sent la force de caractère et la rectitude morale derrière le demi-sourire distant qui est l'une des marques de l'élégance. Ne pas se pousser du col. Ne pas la ramener.

Nos batailles sont moins exigeantes. Et engendrent des "stars" à leur mesure. Les médias leur donnent hélas une place inversement proportionnelle à leur utilité sociale ou leur profondeur philosophique. Le "people" fait profession d'inélégance. C'est pour lui une question de vie ou de mort. Sur l'échelle des valeurs, l'imposture a supplanté le don de soi.

La célébrité sans cause et la cruauté sans limite à l'avant-scène du théâtre social fait des dégâts considérables en coulisses dans l'univers des petits chefs et des mandarins. C'est le règne du chacun pour-soi, de l'abus de pouvoir et de la lâcheté. Il provoque souffrance et désespérance.

Le sens de l'honneur est une notion perdue. Va-t-on un jour provoquer des haussements d'épaule en implorant un peu d'élégance ? Faites le test.

Bernard de La Villardière